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[Translate to Française:] Bangladesh: une révolution culturelle

En sanscrit, « Dalit » signifie « ceux que l’on écrase sous sa chaussure ». Pourtant ces hors castes, ces exclus des sociétés hindoues sont des êtres humains. Plus de 300 millions en Asie du Sud, dont la grande majorité en Inde, ils sont 3 à 5 millions au Bangladesh.

Champa est une femme Dalit  de 45 ans qui vit à Fulbari Upazila au Nord-Ouest du pays. Son travail consiste à nettoyer à mains nues les toilettes de l’administration du district. Les Dalits n’ont en effet accès qu’à des travaux humiliants tels que le ramassage d’ordures, de cadavres d’animaux ou le nettoyage au service des gens de castes, ou dans le cas du Bangladesh, de la majorité musulmanes. Pour certains, le fait même de se trouver dans l’ombre d’un « intouchable » oblige à un rituel de purification. Sans travail, le mari et les six enfants de Champa dépendent entièrement de son salaire, soit un franc par jour. Contrairement à la majorité des enfants Dalits, ceux de Champa ont fréquenté l’école publique, mais quelques temps seulement. Aujourd’hui son salaire ne suffit plus à payer l’uniforme et le matériel scolaire.

Champa s’est très vite engagée dans le programme de défense des droits des Dalits lancé en 2005 par l’ONG Gram Bikash Kendra (GBK), partenaire de l’EPER. Elle crée un groupe dans sa propre communauté et le dirige. Apprendre à s’exprimer, connaître et faire reconnaître ses droits grâce à la collaboration de juristes et de travailleurs sociaux, se familiariser avec les services administratifs auxquels ils peuvent s’adresser, mettre en place des écoles informelles pour aider leurs enfants à accéder à l’école publique, telles sont les activités menées par ces groupes dans de nombreuses communautés Dalits.

En mai 2007, Champa reçoit 6'000 taka de GBK (environ100 francs suisses) pour acheter une vache. Rien d’extraordinaire vu d’ici… Mais si l’on sait que les « intouchables » n’ont traditionnellement droit qu’à élever des animaux considérés comme « impurs» (cochons ou ânes), l’élevage de vaches et de veaux par une femme Dalit est une véritable révolution culturelle. A plus forte raison une femme ! Les lois hindoues et musulmanes restreignent en effet dramatiquement les droits des femmes. Champa et sa famille doivent d’ailleurs surveiller de près leur vache qui ne peut s’alimenter qu’en broutant l’herbe des bords de route puisque la famille ne dispose d’aucune terre.

En 2008, grâce à la production de lait de sa vache, Champa est parvenue à doubler son revenu quotidien tout en gardant une quantité suffisante de lait pour la consommation de sa famille. Plusieurs dizaines de familles de la région ont pris la même voie de l’autonomie que Champa via le projet de l’EPER et de GBK mais les choses ne peuvent se faire que très lentement. Défendre les droits des Dalits comporte de véritables risques et l’une des priorités des deux ONG est de sensibiliser tant les autorités que les employeurs ou les classes moyennes à la nécessité de cette (r) évolution. Un travail rendu particulièrement difficile l’an dernier à cause de l’Etat d’urgence toujours en vigueur au Bangladesh depuis janvier 2007 et un gouvernement intérimaire voulant s’éviter à tout prix des problèmes supplémentaires avant des élections qui ont enfin eu lieu le 29 décembre 2008. Tenant compte de ce contexte politique défavorable, le projet en faveur des droits des Dalits a su trouver un chemin pour une révolution culturelle qui ne peut se faire qu’en douceur.

Un enseignement tiré de ce projet en 2008

Tous les projets de l’EPER sont menés en partenariat avec des organisations locales. L’un des grands défis est de trouver des partenaires capables de répondre à la fois à des critères d’efficacité très élevés comme ceux de l’EPER tout en garantissant une implantation et une légitimité optimales sur le terrain.

En matière de gestion financière, les partenaires de l’EPER ont toujours fait appel à des experts comptables professionnels. Dans un souci d’amélioration continue, l’EPER a signé en décembre dernier un contrat avec un expert comptable externe venant de Kolkata. Il sera chargé d’évaluer les compétences de tout nouveau partenaire au Bangladesh d’un point de vue administratif et financier avant d’entamer un partenariat. En Inde, dans les trois états du Sud très arides où elle est active, l’EPER a mis en place une équipe d’auditeurs externes du même type, il y a deux ans déjà. Douze professionnels parlant les trois langues locales (tamoul, télougou et kannada) apporte la même expertise que leurs collègues de Kolkata.

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